Sr Emmanuel Perrin (suite)

Elle n’a pas 19 ans quand elle entre au noviciat de la Providence de Sées. Elle fait sa profession religieuse voilà 72 ans. Vont s’en suivre les étapes d’un long cheminement au service du Seigneur et des autres, disponible à la grâce et aux signes des temps.

Au sortir du noviciat, l’obéissance l’envoie près des jeunes, d’abord au Centre de rééducation fonctionnelle de Juvigny. Elle fait œuvre d’éducation pendant dix ans, près   des enfants malades de 7 à 20 ans : chant, expression corporelle, travaux manuels, catéchèse…

S’ensuit l’accompagnement d’autres jeunes au pensionnat St. Michel de Caen, et, pour elle-même, formation catéchétique et biblique, avant de faire l’école des cadres d’enseignement ménager familial et social d’Angers.

Elle revient à Caen en 1965 au quartier de la Grâce de Dieu alors en construction. Avec l’Association familiale de quartier, elle ouvre un centre socio-culturel pour permettre aux femmes, aux mères de familles isolées dans les immeubles, de se retrouver et de se former en participant à divers ateliers et conférences.

Six ans plus tard, la Caisse d’allocation familiale de Caen s’installe sur le quartier ; cela ne l’arrête pas dans son élan social. Elle est chargée par la mairie de la mise en place des activités de loisirs, et autres, de 5 foyers de résidence pour personnes âgées, nouvellement ouverts.

Emmanuelle a été une pionnière et fondatrice, mais il fallait la découvrir. On ne l’abordait pas facilement, et vivre en communauté avec elle n’était pas toujours confortable ! Elle savait voir les choses, ainsi par exemple, en attendant au

abris-bus, elle découvrait les femmes en détresse et les abordait. C’est ainsi qu’elle crée l’Association Farès et le Foyer d’accueil et de réadaptation sociale. Farès, oui, c’est bien pour un temps, mais que vont devenir les femmes qui ne pourront se réinsérer dans la société ? Qu’à cela ne tienne ! Et la voilà partie à Bavent dans des bâtiments de ferme où les femmes accueillies vont vivre de leur travail. Des obstacles sur la route ! …

Le fermier reprend sa ferme ! Où aller ? Elle retrouve un corps de ferme à St. Manvieu. A nouveau, expulsion ! La situation se débloque grâce à la collaboration avec Emmaüs. Elle crée une nouvelle association : « Vie et Partage » pour pouvoir acheter un lieu de vie à Mitois. Là se vit une belle collaboration et un passage de relais…

                  Où Emmanuelle puisait-elle sa force, sa tenace énergie, sa volonté d’aller toujours de l’avant au secours des mal-aimés ? C’est dans une relation étroite avec le Seigneur de sa vie et les longues veillées de prière et d’adoration.

La retraite venue, elle vit une année sabbatique chez les sœurs du Bec Hellouin avec lesquelles elle restera en relation… Elle continuera sa route en différents lieux où la congrégation l’envoie en mission : à la maison de retraite de Longny pour une animation spirituelle. Puis elle répond à l’appel de la Fédération et vit trois ans à la communauté fédérale de Bar-Sur-Seine. Lors de son départ, le prêtre doyen du secteur lui remet de la part du doyenné un livre souvenir : « Merci pour ta présence discrète et efficace. Sans ta persévérance, bien des groupes bibliques n’auraient pas vu le jour. Ton passage a été court, mais plusieurs s’en souviendront ».

Après un séjour à Orléans, elle revient à la maison-mère en 2009 où elle continue sa mission, une mission bien silencieuse et efficace, avant d’entrer à l’EHPAD de la Miséricorde le 29 décembre 2014.

C’est alors le temps du grand silence, du dépouillement progressif, de l’abandon absolu entre les mains de son Seigneur. Qui oubliera le sourire et l’impressionnant regard de celle « qui conservait les choses et les méditait dans son cœur » ?

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© La Providence de Ruillé sur Loir