Le Mans, le 21 février 2021

 

Aux Sœurs, Familles et amis,

 

Comme chaque année, le temps de Carême nous appelle à prendre le chemin de la conversion et à aller puiser, dans le cœur de Dieu, la force d’aimer comme Jésus nous a aimés.

 

Dieu a pris le risque de l’amour

En envoyant son Fils, au cœur de notre humanité blessée, pour nous révéler son amour, il a pris le risque d’un refus, d’un rejet. L’abaissement de Jésus, prenant notre condition humaine et mourant sur une croix, est un acte d’humilité qui manifeste la Toute-Puissance de l’Amour malgré les refus et les rejets.  

 

« L’amour du Père n’a pas besoin de rechercher la réciprocité pour être. Il aime inconditionnellement, d’un amour qui est toujours le premier, et quelle que soit la réponse de celui qu’il aime… Le Père ne pourra pas intervenir d’autorité pour s’imposer aux hommes. Il ne pourra que respecter, d’une manière infinie, c’est-à-dire pas du tout à notre manière, la liberté des hommes…

Le Père va nous révéler le vrai visage de sa Toute-Puissance en Jésus qui tombe à genoux devant les disciples pour leur laver les pieds, en Jésus qui, réduit à la plus totale Impuissance d’un crucifié, continue d’aimer sans jamais condamner. La Toute-Puissance de Dieu, c’est la Toute-Puissance de l’Amour sans aucune défense… »  Du Livre « Sa Tendresse est inépuisable » de Jean Civelli

 

En reprenant les récits de la Passion, nous y voyons Jésus qui, face aux refus et agressions, ne revendique rien, ne se défend pas, garde le silence…  Il ne condamne pas et implore le pardon pour ceux qui lui font du mal… Sa seule puissance et sa seule défense c’est d’aimer, de se livrer par amour jusqu’au bout.

 

Nos Constitutions nous invitent à la contemplation du Fils de Dieu dans son abaissement pour nous conduire peu à peu à l’humilité : vérité en face de Dieu, de nos frères et de nous-mêmes. Et Mère Marie-Madeleine nous dit d’imiter la douceur, l’humilité, la patience, le zèle du Cœur de Jésus souffrant. Cf Constitutions N°5

 

En Jésus, contemplons le vrai visage de notre Dieu, un Dieu humble et effacé, livré par amour. Osons prendre nous-mêmes le risque de l’amour vrai, humble et effacé, qui souvent nous rend vulnérable et peut ne pas être compris mais qui nous fait grandir ‘à sa ressemblance’.

 

Le jeûne, la prière et l’aumône

Dans la lettre du Pape François pour le carême 2021, nous lisons :

« Le jeûne, la prière et l’aumône, tels que Jésus les présente dans sa prédication (cf. Mt 6, 1-18) sont les conditions et les expressions de notre conversion. Le chemin de la pauvreté et du manque (le jeûne), le regard et les gestes d’amour vers l’homme blessé (l’aumône), et le dialogue filial avec le Père (la prière), nous permettent d’incarner une foi sincère, une vivante espérance et une charité active. »

 

Le jeûne, chemin de la pauvreté et du manque…   Le jeûne peut être autre chose que de se priver de quelque chose qu’on aime… Comme le dit le Pape François : « le jeûne nous aide à aimer Dieu et notre prochain ».  

Le jeûne peut être de s’abstenir de coller des étiquettes sur les personnes, de les enfermer dans une certaine image que nous nous faisons d’elles et ainsi de ne plus leur donner le droit de changer, de grandir… Le jeûne peut être de s’abstenir de souligner sans cesse le négatif, de tomber dans des critiques destructives, de se mettre d’une façon ou d’une autre au-dessus des autres… Ce jeûne nous fait expérimenter notre manque d’amour et de vérité et ouvre notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais ‘plein de grâce et de vérité’ Jean 1,14 et, comme le dit encore le Pape François : « Jeûner consiste à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre… »

 

L’aumône, le regard et les gestes d’amour vers l’homme blessé…  L’aumône peut être autre chose que partager avec les pauvres ce que nous avons mis de côté en nous privant… L’aumône peut être offrir à l’autre un regard bienveillant, un encouragement, de l’estime, de la compassion… Toutes et tous nous avons nos blessures et besoin d’un regard, de gestes qui nous mettent debout.

 

La prière, le dialogue filial avec le Père… Dans toutes les circonstances, Jésus se tourne vers le Père dans une prière qui l’ajuste sans cesse au projet d’amour de celui-ci.

Au cœur de sa Passion, il a vécu un dialogue vrai avec son Père :

Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. Mt 26, 39 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné. Mt 27,46 ; Mc 15,34      

Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Luc 23,34  

Père en tes mains, je remets mon esprit. Luc 23,46

Entrons dans la prière du Christ pour ajuster nos vies à la volonté du Père, pour lui présenter nos doutes, nos questionnements, nos cris de détresse, pour recevoir et donner le pardon, pour remettre nos vies entre ses mains.

 

La Résurrection signifie que Dieu est toujours vainqueur par amour. Elle est aussi le triomphe de trois fidélités : celle du Père qui n’abandonne pas Jésus dans la mort, celle de Jésus qui n’abandonne pas les disciples dans leurs dérives et celle des femmes qui, très tôt le matin, se rendent au sépulcre, tristes d’abord, mais confiantes ensuite, car elles ont fait l’expérience que l’amour fidèle de Jésus est toujours là et qu’il a vaincu la mort.

 

Bonne route vers Pâques, que l’amour humble de notre Dieu triomphe toujours un peu plus en chacune et chacun de nous et que la Présence du Christ Ressuscité soit la lumière et l’espérance de nos vies !

                                                                             Soeur Josette

                                                                 

Sainte Mère Théodore Guérin

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